
Au Saulcy le 14 octobre, une assemblée générale d’étudiants s’est réunit autour de différents sujets : la crainte de ne pas être entendu, la volonté de maintenir la pression exercée par les lycéens, et au delà de ça, ce que l’on retient c’est la posture de l’université face à la contestation.
14 octobre 2027
L’université ferme ses portes avant d’ouvrir le dialogue
Ce mercredi 14 octobre, au Saulcy, une assemblée générale étudiante s’est tenue. Elle intervient dans le contexte des mobilisations lycéennes et du blocus de l’UFR ALL. On a l’habitude de la répression policière, de voir les lycées ou universités tenter d’empêcher les jeunes de se rejoindre, mais les empêcher de s’exprimer, c’est fort.

Parmi les étudiants présents, certains ne semblaient pas concernés par la mobilisation. Ces revendications ne les concernent pas ? Ou le problème est que l’université a fermé ses portes avant le moindre dialogue, alors qu’il ne s’agissait même pas d’un blocus ? Le gouvernement a peur de la mobilisation étudiante ?
Les discussions de l’assemblée générale racontent des difficultés matérielles, des règles liberticides mises en place à l’IUT, un sentiment général de ne pas être entendu, voire même écouté, rappellent la répression époustouflante que subissent les mouvements lycéens, et l’importance de continuer à maintenir la pression.
La décision de fermer le SHS alors qu’une assemblée générale était prévue et qu’un barrage filtrant avait été installé provoque une incompréhension. Durant la mobilisation, on évoque l’impossibilité d’avoir un véritable échange sur les modalités de l’action, et donc l’empêchement de toucher les étudiants.
Mais à moins que nous nous trompions, une université est censée être un lieu de débat et d’émancipation, pourquoi elle empêcherait ses étudiants de se réunir et de se mobiliser ? Pourquoi choisir la voie de la fermeture plutôt que du dialogue ?
Le gouvernement a peur de la mobilisation étudiante ?
Au-delà du barrage
Les étudiants demandent de meilleures conditions matérielles, la possibilité de disposer de locaux pour organiser des assemblées générales et des réunions politiques, et des droits nécessaires pour défendre leurs intérêts. C’est pas nouveau.
En novembre 1995, pendant le mouvement national, les étudiants de Metz ont occupé les amphithéâtres du campus pendant plus d’un mois. Ils se sont relayés et ont dormi au sein des amphis pour les garder sous contrôle ; avec l’appui des cheminots, ils ont même réussi à réquisitionner un train pour aller militer gratuitement dans la capitale et revenir. Ils ont finalement obtenu gain de cause.
Se réunir et s’organiser pour débattre devrait être un droit pour tous les étudiants. Lorsque ceux-ci demandent des espaces pour tenir des assemblées générales ou organiser leurs activités, pourquoi les leur refuser ?
Parcoursup et les inégalités sociales dans l’accès à l’enseignement supérieur ont été évoqués, tout comme la situation des lycéens mobilisés et la répression qu’ils dénoncent. L’enjeu est de faire converger les luttes plutôt que de les laisser isolées. Étudiants, lycéens et travailleurs doivent partager des revendications et des intérêts communs.
Il faut maintenir une dynamique collective et parvenir à dépasser le cercle des étudiants déjà convaincus.
Quand l’absence est sanctionnée
C’est l’un des points les plus révoltants soulevés lors de l’assemblée générale : les règles relatives aux absences au sein de l’IUT du Saulcy.
Chaque demi-journée d’absence pourrait entraîner une pénalité de 0,1 point sur les notes des unités d’enseignement. Dix demi-journées d’absence, justifiées ou non, pourraient invalider le diplôme.
Ces règles doivent être examinées à partir du règlement des études applicable, afin d’en établir la formulation exacte, le champ d’application et les conséquences réelles. Mais si les étudiants risquent effectivement de voir leurs résultats affectés lorsqu’ils participent à une mobilisation, la question dépasse largement celle de la discipline universitaire.
Comment exercer sa liberté de manifester lorsque l’absence peut avoir des conséquences directes sur ses études ?
Si les étudiants risquent de voir leurs résultats affectés lorsqu’ils participent à une mobilisation, rester en cours n’est pas synonyme de désintérêt. Cela crée mécaniquement une crainte de compromettre leur année ou leur diplôme. La sanction potentielle crée une contradiction : les étudiants sont invités à exercer leur esprit critique et à participer à la vie démocratique, mais peuvent être dissuadés de se mobiliser par les conséquences académiques de leur absence.
L’université doit justifier pourquoi l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation des étudiants pourrait avoir des conséquences sur l’obtention de leur diplôme.
Les flics peuvent intervenir sur le campus
Des policiers ont par le passé arraché un drapeau palestinien installé par des étudiants. Cet épisode illustre la place qu’occupent les questions de maintien de l’ordre et de liberté d’expression dans les préoccupations des étudiants mobilisés.
Les règles applicables dépendent des circonstances, des lieux et du cadre juridique de l’intervention. La distinction entre les bâtiments universitaires et la voie publique peut jouer un rôle dans les possibilités d’action des forces de l’ordre.
Dans toute la partie municipale de l’île, les forces de l’ordre ont un accès total, et permanent. Cela concerne les axes routiers majeurs (Le Pont des Morts, la rue du Saulcy jusqu’aux barrières du campus, et les voies d’accès au minigolf), et les espaces verts ouverts (Le Square du Luxembourg (à l’entrée), le Jardin Marcel Rebourset et les berges de la Moselle).
Dans le campus extérieur (allée de l’IUT, abords des UFR…), les opérations de déblocage d’un campus lors d’une grève étudiante ou l’évacuation de barrages, les forces de l’ordre agissent sur réquisition expresse du Président de l’Université de Lorraine, qui détient seul le pouvoir de police à l’intérieur du domaine universitaire. Pour l’instant, il est possible de mettre en place ces opérations, mais on l’a vue, en 2018, la situation peut vite changer.
Pour les bâtiments intérieurs, s’applique la règle stricte de la « franchise universitaire » (sanctuarisation de l’espace universitaire). Les forces de l’ordre n’ont pas le droit de pénétrer dans les locaux administratifs, les salles de cours ou les résidences universitaires, SAUF dans 4 cas :
- Sur demande, si le responsable de l’établissement ou le Président de l’Université de Lorraine appelle officiellement la police pour rétablir l’ordre ou procéder à une évacuation.
- En cas de Flagrant Délit, si un crime ou un délit grave est en train de se commettre à l’intérieur sous leurs yeux ou vient de se commettre.
- En cas de Péril Imminent, si la vie de quelqu’un est en danger direct.
- Sur Mandat Judiciaire, si un juge d’instruction ou un procureur délivre une commission rogatoire ou une réquisition judiciaire pour mener une perquisition ou une interpellation ciblée.
Où est la limite entre maintien de l’ordre et entrave à la mobilisation ? Car on peut intervenir en justifiant par un flagrant délit ou un danger imminent assez facilement.
Ne pas laisser le mouvement s’essouffler
La nécessité de maintenir la pression au-delà des premières journées de mobilisation est primordiale. Le gouvernement attend les vacances avec plaisir, il y a en effet un risque d’essoufflement du mouvement.
Un appel à soutenir les lycéens et à rejoindre leur mobilisation a été lancé. Cette convergence des luttes permet de construire un rapport de force plus large face aux politiques gouvernementales.
Face à la répression historique que subissent les lycéens mobilisés, on ne peut que leur apporter le soutien qu’il mérite.
On pourrait comparer les nombres d’interpellations, de blessés, de poursuites judiciaires avec ceux du mouvement des Gilets jaunes, ça serait sûrement très intéressant. Sur plus d’un an de mobilisation, il y a eu 12 107 interpellations du coté des gilets jaunes, et 6 800 interpellations en seulement 3 à 4 semaines chez les lycéens, avec quand même 215 lycéens blessés, des enfants donc.
l’IUT contrôle les tenues
Un autre sujet a été évoqué pendant les discussions : le règlement relatif aux tenues vestimentaires à l’IUT.
Le règlement encadrerait le port de jeans troués et de joggings, tout en laissant une marge d’appréciation à l’administration sur ce qui est considéré comme une tenue acceptable ou non.

Qui définit ce qui est approprié ? Selon quels critères ? Et comment éviter que des règles « générales » se traduisent par un contrôle différencié des corps, et souvent celui des femmes ?
