
Essayez de répéter un mot en boucle : au bout d’un moment, vous n’arriverez plus à le dire, vous commencerez à le questionner. On assiste tous les jours à un florilège d’accusations d’antisémitisme, nous l’entendons tellement souvent que l’on en perd parfois son sens. Mais il est où cet antisémite ? Est-ce que quelqu’un s’occupe de l’arbitrage ?
7 octobre 2026
L’infréquentable antisémitisme devient une arme médiatique
Le livre « La France juive » sort en mai 1886, et avec lui, un vieux vocabulaire antisémite, des caricatures, des théories du complot autour des Juifs. Ces représentations trouvent leur paroxysme dans les politiques antisémites de l’Europe des années 1930-1940 et dans l’extermination du peuple juif.
Évidemment, après la Seconde Guerre mondiale, le terme « antisémite » est banni de l’espace public, plus personne ne veut en entendre parler, plus personne ne veut être associé à ce vocabulaire qui porte une histoire aussi meurtrière.
Mais c’est bien aujourd’hui que l’on a une recrudescence dans l’utilisation de ce terme. Que ce soit dans les médias, les discours politiques, sur les réseaux sociaux, dans la bouche des personnalités publiques. On accuse, on dénonce, on se défend d’être antisémite. Le terme est tellement présent qu’il fait lui-même débat. Au-delà de tout ça, nous pouvons nous demander qui à réellement le pouvoir d’accuser quelqu’un d’antisémite.
Nous vous renvoyons à cette vidéo du youtubeur Taoqan, qui nous pose la question de savoir où sont passés les antisémites ? Sa vidéo est très riche en ressources historiques, et a influencé cet article.
Un changement à l’extrême droite
En 2010 Renaud Camus un écrivain et militant politique français d’extrême droite, introduit la théorie complotiste et xénophobe de « Grand Remplacement ». Malgré son combat contre l’anti-racisme, il y a une forme de racisme qu’il souhaite malgré tout combattre : l’antisémitisme.
Certains historiens ont montré que cette théorie réactive des structures anciennes de la pensée antisémite, en remplassant notamment les Juifs d’autrefois par une population immigrée présentée comme menaçante.
Le cas d’Eric Zemmour est particulièrement intéressant. En plus d’introduire le concept de Grand Remplacement dans la sphère politique française, il mobilise des références à l’histoire de la Shoah et de la politique antisémite de Vichy dans ses discours. Il va même comparer (à 43min) la feuille de route de la rafle du Vel d’hiv à la procédure d’expulsion des personnes en situation irrégulière. Il montre à son tour, tout comme Renaud Camus, que le discours n’a pas changé, seule la cible est déplacée.
La majorité de l’extrême droite française revendique aujourd’hui un fort attachement aux Juifs et à Israël. Un mouvement historiquement marqué par l’antisémitisme serait aujourd’hui un des principaux défenseurs des Juifs ? C’est bizarre n’est-ce pas ?
Pourtant, cette contradiction disparaît si on comprend que soutenir les Juifs ou Israël peut permettre de continuer à soutenir des thèses racistes et/ou complotistes. D’où la célèbre phrase de Pasolini souvent détournée : « le fascisme pourrait revenir sur le devant de la scène à condition qu’il s’appelle antifasciste ». Pour faire simple aucun mouvement réellement fasciste ne se revendique comme tel, ou peut assumer un antisémite tellement il est connoté suite à l’histoire des années 30. Le véritable fascisme pourrait revenir à condition qu’il s’oppose à l’ancien fascisme ou à l’antisémitisme.
Les Juifs peuvent passer de la figure d’ennemi intérieur à celle d’un allié contre le nouvel ennemi, à savoir le musulman, l’immigré, l’arabe. On peut même y ajouter en bonus : la gauche, le féminisme, le « wokisme », le progressisme, etc.
On parle de philosémitisme, l’attachement pour le peuple juif. Attention, cela ne veut pas de dire que toute personne qui défend les Juifs ou Israël est philosémite, ni que le soutien à Israël est incompatible avec toute forme d’antisémitisme. Mais cette posture peut être mobilisée dans certaines stratégies politiques.
Intervient le terme de « néo-antisémitisme », que certains intellectuels se servent pour alimenter leurs accusations d’antisémitisme. Cette notion fait l’objet de grands débats, notamment sur la distinction entre antisionisme, antisémitisme et la critique de la politique israélienne. Des notions que certains tentent de rendre flou volontairement.
Israël un nouvel allié de l’extrême droite
Cet état apparaît comme un allié naturel dans ce combat face au musulman, à l’immigré ou l’islamisme. D’où cette citation d’une députée israélienne : « Ils sont antisémites, mais ils sont de notre côté » en parlant du gouvernement hongrois de Viktor Orban. Des dirigeants d’Europe centrale et orientale, dont certains sont associés à des discours antisémites, peuvent tout de même admirer Israël pour son positionnement politique et sécuritaire.
Anders Behring Breivik, auteur des attentats d’Oslo et d’Utøya en 2011, était un militant néonazi qui se présentait pourtant comme défenseur de l’Occident et d’Israël contre l’islam. Idem pour Stephen Miller, conseiller politique de Donald Trump de confession juive et fervent soutien à Israël tenant des propos suprémacistes blancs et faisant des références au nazisme. Le paradoxe est énorme, comment peut-on soutenir des idéologies nazies et se revendiquer allié des Juifs et d’Israël ?
L’extrême droite a vraiment changé ?
D’un côté, l’extrême droite française affirme aujourd’hui être la force politique la plus déterminée à combattre l’antisémitisme ou le « néo-antisémitisme », et de l’autre certaines affaires récentes ont rappelé la persistance de références et de réseaux associés à l’antisémitisme.
C’est là qu’on arrive à une actualité très chaude du moment, un coup de chance si l’on veut, puisqu’elle intervient au moment de la rédaction de cet article. Il s’agit des révélations d’écrits antisémites de Jordan Bardella. Sûrement un heureux hasard, car comme tout le monde médiatique et politique ne cesse de le répéter, il ne s’agit que de « « brebis galeuses », certainement pas d’une idéologie ancrée dans le mouvement.
Trèfle de plaisanterie, ces révélations sont surtout intéressantes par les réactions qu’elles ont suscitées. Les grands médias semblent tomber des nues, qui aurait pu prédire ? C’est là qu’on arrive à la stratégie de « dédiabolisation » du RN.
Selon certaines analyses, la stratégie de ne repose pas seulement sur la modification du discours public du parti. Mais passe aussi par une transformation de son rapport aux médias et par l’intégration progressive de ses représentants dans l’espace médiatique dominant. Disons simplement, cette normalisation repose sur deux piliers :
- La fin progressive du cordon sanitaire autour de l’extrême droite ;
- La présence croissante de ses représentants ou de ses idées dans les médias généralistes et la reprise de certains thèmes de l’extrême droite au nom de l’audience, du pluralisme ou de la concurrence médiatique.
C’est pourquoi cette « surprise » tant affichée dans les médias aujourd’hui, est la seule façon de se prémunir d’avoir joué un rôle dans l’installation de l’extrême droite au cœur de la diffusion médiatique dans le pays.
Comme l’a dit Bardella : « la politique c’est de la com » et celle-ci passe en grande partie par les médias. Une communication ou une image de plus en plus fragilisée par ses amis, ses collègues, ou les personnes partageant sa ligne politique. Nous n’allons pas tout citer (car impossible) mais, entre :
Jean-Philippe Tanguy député du RN qui dit : « oui le travail rend libre » reprenant le slogan d’auschwitz. Caroline Parmentier députée RN également qui selon Mediapart a rendu hommage à Pétain comme un modèle et héros. Le bras droit de Bardella qui était un membre du groupuscule d’Alain Soral. Frédéric Boccaletti, député RN qui toujours selon Mediapart tenait une librairie vendant des livres antisémites. Cela fait déjà un paquet de monde, sans compter les dérives de certains élus municipaux.
Tout ça pour en venir au grand paradoxe entre la volonté de se placer comme défenseur des Juifs, et ces faits accablants. L’extrême droite a donc bel et bien changé de visage, malgré tout, il est prouvé chaque jour qu’elle n’a pas rompu avec toutes les représentations qui ont historiquement traversé son idéologie. Elle semble surtout avoir opéré un repositionnement stratégique de son discours et de son image publique.
L’ennemi change de nom
Certaines structures du raisonnement antisémite peuvent survivre lorsqu’on change le groupe désigné comme une menace. Le livre « La France juive » trouve un écho dans « Le Grand Remplacement », les sages de Sion deviennent les Frères musulmans, et la France enjuivée devient la France islamisée. C’est à partir de son livre que l’on peut constater un glissement de vocabulaire. Les anciennes figures du complot juif deviennent de nouvelles figures comme les musulmans ou les immigrés.
L’identité de celui qui tient un discours ne suffit pas à dire si oui ou non, ils tiennent des propos nazis ou fascistes. Des intellectuels juifs comme Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan défendent des analyses très critiques de l’immigration, de l’islam ou de certaines formes de discrimination. De l’autre, des personnalités qui ne sont pas juives peuvent se présenter comme des défenseurs d’Israël et des Juifs tout en développant un discours fortement hostile à l’immigration ou à l’islam.
Le fascisme contemporain ne se comprend donc pas simplement à partir de l’identité de ceux qui parlent, mais aussi à partir des représentations qu’ils produisent et des groupes qu’ils désignent comme problème.
L’islam est une religion et non une catégorie raciale. Pourtant, elle fait l’objet d’un processus de racialisation : ses pratiquants sont décrits à travers des caractéristiques supposées fixes, homogènes et héréditaires. C’est ce qu’explique Félicien Faury dans « Des électeurs ordinaires ». Il relève également un rapprochement entre catholicisme patrimonialisé et laïcité identitaire, qui peuvent se rejoindre dans un même antagonisme à l’égard de l’islam. Et cela permet de comprendre comment on peut construire un « problème musulman » national.
David Ben Gourion, l’un des créateurs de l’Etat d’Israël, disait : « la première grande victoire du sionisme est d’avoir transformé la question juive en problème arabe ».
Et Netanyahu, sans se rendre compte du paradoxe disait « vous avez ces terroristes qui sont chez vous et vous imaginez que si vous construisez un état terroriste non pas à des milliers de kilomètres de Paris, mais dans la banlieue à côté de chez vous est ce que vous pensez que ça, ça créerait de la paix ? ».
L’historien Reza Zia Ebrahimi dans « antisémite et islamophobie » nous parle lui d’une logique de « rationalisation conspiratoire », dans ce fantasme repris par l’extrême droite française, les musulmans auraient pour projet d’islamiser la France.
Abdellali Hajjat, sociologue et professeur français, nous dit que le racisme peut fonctionner comme un « régime de vérité » : il produit une certaine lecture de la réalité sociale et contribue à transformer une population en problème. L’islam deviendrait alors un « problème » dans la représentation politique et sociale française. Cette fabrique islamophobe s’est diffusée au sein de la société française, par les espaces culturels et médiatiques, les champs politique et juridique, et même les enceintes étatiques.
L’islamophobie et l’antisémitisme ont certains mécanismes communs, et surtout, cette idée de menace collective mérite que l’on s’y attarde. Il y a une mécanique très simple réutilisée ici : il existe un groupe minoritaire, présenté comme puissant, il s’infiltre, s’organise, menace et devient responsable du déclin de la France, le problème numéro 1.
Cette logique de responsabilité collective peut également se retrouver dans certains discours sur Internet. Sur Twitch dans une émission (à 52min50) réunissant Psyhodelik, Lys, Sardoche et Kroc Blanc, certaines déclarations mobilisent des mécanismes qui rappellent le fonctionnement du régime nazi : « moi j’aimerais bien que la justice soit un peu plus comme Bukele, c’est-à-dire qu’elle sanctionne directement en fait, lui et l’intégralité de sa famille et ses amis qui le connaissent on le dégage du pays » « tu marches dans la rue, t’entends un wallah, tu dégages. »,« il y a beaucoup de blancs qui disent wallah en plus », « justement tu les dégage aussi ».
- La responsabilité par association le « sippenhaft »;
- La non conformité culturelle comme prétexte à l’exclusion le « gemeinschaftsfremde »;
- Ou encore la dangerosité présumée plutôt que l’acte le « vorbeugungshaft ».
L’anthropologue Jean-Loup Amselle disait : « La popularité de Dieudonné tient au fait que, pour lui, si on peut s’en prendre impunément ou presque aux Noirs, aux Arabes, aux musulmans, en un mot aux “subalternes”, il est quasiment impossible (…) de toucher à un seul cheveu des juifs ou de toucher à Israël, sans être immédiatement taxé d’antisémitisme ».
Un deux poids deux mesures ?
Une blague a valu à Guillaume Meurice, humoriste, de se faire exclure de France Inter avec une plainte en prime. Elle portait sur le prépuce de Benjamin Netanyahu, sur la même antenne la même blague de Sophie Aram sur le prépuce d’un chef d’Etat musulman n’a rien déclenché.
Un autre ? La parution en mars du visuel de Cyril Hanouna, a conduit à des accusations instantanées. Cette affiche présente des traits similaires à l’affiche du film Jud Süss de l’allemand Veit Harlan sortie en 1940. Forcé de reconnaître qu’il faut une certaine culture pour connaître la référence et y voir un acte antisémite (c’est presque antisémite de les comparer m’enfin bon). Pourtant, il y eut des polémiques sur tous les plateaux télé repris constamment comme une affiche antisémite de propagande nazie !

En comparaison, il y a une fresque officielle à l’Assemblée nationale qui, reprend… certains codes. Marianne a titré : « ils voient du racisme partout » cela n’a jamais déclenché un scandale, malgré des initiatives de pétitions.

Dans le même genre Shannon Seban du parti LR disait (à 30 min 50) il y a quelques mois en parlant de l’image négative dont souffrent les musulmans : « C’est à eux d’élever la voix pour dire que l’islam est une religion de paix, que l’islam n’est pas ce qu’on aimerait le faire croire, de faire changer cette image, il y a une responsabilité qui est partagée ».
Très bien, et qu’a-t-elle à dire sur les Juifs ? : « Vous demandez aux Français juifs de répondre de la politique menée par Netanyahou. Est-ce une blague ? En assignant les Français juifs à Israël, vous les essentialisez et ça, c’est précisément contraire à l’universalisme républicain ».
Même chose pour le CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) qui tweet après les attentats de l’hyper cacher : « Chers représentants musulmans qui sont avec nous : plus vous dénoncerez le djihadisme, moins il y aura d’amalgames ».
Et en septembre 2026 le président du CRIF nous dit : « En France, nul n’est assigné à sa religion ou à ses origines. […] En sommant les Juifs de se positionner sur Gaza et non les antisémites de cesser de s’en prendre aux Juifs au nom d’un conflit à 3 000 km, cette injonction fait des Juifs les responsables de la haine dont ils sont les victimes. Une inversion morale inacceptable ! Pour quelle autre haine exigerait-on des victimes qu’elles montrent patte blanche politique pour être protégées ? »
Encore ? La ministre Aurore Bergé tweet : « Les Français musulmans doivent dire clairement qu’ils n’ont rien à voir avec ce fanatisme ».
Et aujourd’hui tweet : « Non. On ne peut pas. Et on le rappellera aussi souvent que nécessaire : il n’y a pas un seul Français juif responsable de la situation à Gaza. Les rendre coupables par procuration d’un conflit à des milliers de kilomètres de la France est insupportable. Essentialiser, assigner, on sait où ça mène. A l’antisémitisme. ».
Cette liste met en lumière un deux poids deux mesures qui devient flagrants lorsqu’on s’y penche. On prête clairement moins attention aux autres formes de discrimination qu’à l’antisémitisme.
« Islamo-gauchisme »
Ah ! Cela nous avait presque manqué, l’association entre la gauche et une minorité diabolisée.
Le terme de « judéo-bolchevisme » associait historiquement deux ennemis désignés : les Juifs et les communistes. Autrement dit, les grands « dangers » des années 30. Ce terme a néanmoins disparu avec les discours antisémites de l’époque.
Aujourd’hui, un autre terme est beaucoup cité celui d’ « islamo-gauchisme ». La structure politique est identique, dans les deux cas, on construit une alliance supposée entre deux groupes distincts. Le mot sert à désigner un « ennemi intérieur ». Ce qu’on met derrière cette étiquette d’ « Islamo-gauchisme » est très large, cela peut aussi bien s’appliquer à un militant antiraciste, un universitaire travaillant sur la Palestine, un électeur de gauche, un musulman, un étudiant, ou une personne opposée à certaines politiques israéliennes.
Naissent alors des accusations portées contre certains chercheurs travaillant sur la Palestine, ou des débats autour de La France Insoumise et des accusations d’antisémitisme. Gabriel Attal s’indigne sur un plateau télé : « […] c’est que vous avez d’un côté LFI qui veut expliquer aux musulmans que pour les défendre, il faut s’en prendre aux juifs […] ». « L’extrême gauche » est alors taxé d’antisémite, et alliée aux musulmans.
La Commission nationale consultative des droits de l’homme a publié des enquêtes qui montrent que les clichés antisémites sont plus présents à droite, la volonté de lutter contre ces clichés à gauche. La seule chose pour laquelle la gauche se distingue, c’est son opinion critique vis-à-vis des politiques d’Israël, le génocide entre autres.
Qui est l’arbitre ?
Prenons l’affaire Rima Hassan. Que lui est-il reproché exactement ? Au fil des dernières années, l’eurodéputée de La France insoumise a fait l’objet de nombreuses plaintes et signalements, concernant des propos liés à Israël, à la Palestine et au conflit israélo-palestinien. La plupart de ces procédures ont été classées sans suite, d’autres ont donné lieu à des poursuites, dont celle qui doit aujourd’hui la conduire devant le tribunal pour « apologie du terrorisme ».
Mais une autre accusation revient régulièrement dans le débat public : l’antisémitisme. Par qui ? Des responsables politiques, des journalistes et différents commentateurs. Selon quelle définition de l’antisémitisme ? Là, on voit bien que l’accusation ne porte plus sur les formes historiques de l’antisémitisme, mais sur le « néo-antisémitisme », donc, la manière d’interpréter certaines positions sur Israël, le sionisme ou la cause palestinienne.
Rima Hassan affirme, de son côté, distinguer les identités juives des positions politiques qu’elle critique. Ses détracteurs au contraire considèrent que certaines de ses prises de position ou de ses formulations peuvent franchir cette frontière. Le désaccord porte sur la définition même de ce qui peut être qualifié d’antisémitisme.
C’est là le véritable enjeu, car lorsqu’une accusation revient constamment dans l’espace médiatique, elle produit ses propres effets. Elle devient une manière de définir une personne, un mouvement ou une position politique avant même que les faits reprochés soient examinés. L’affaire Rima Hassan permet poser la question qui traverse tout cet article : qui possède le pouvoir de dire « antisémite » ?
D’ailleurs, cette accusation visant Rima Hassan fait peser l’étiquette d’antisémitisme sur l’ensemble de La France insoumise. Car au-delà des déclarations individuelles qui ont pu susciter ces controverses, c’est surtout la position du mouvement sur Israël, la Palestine et la guerre à Gaza qui se retrouve au cœur de cette accusation. Au fil du temps et des plateaux télévisés, LFI s’est ainsi progressivement vu attribuer cette étiquette, au point que « LFI est antisémite » est devenu une évidence pour certains, qui ne nécessite même plus d’être démontrée. Cette étiquette est même accolée à ses électeurs ou à ceux qui partagent certaines de ses positions. Certains adversaires politiques vont jusqu’à qualifier LFI de « collabo ».
Rima Hassan est écartée des médias, invitée lorsque l’on veut la décrédibiliser, tout en étant régulièrement un sujet sur les plateaux. On peut aussi évoquer Adèle Haenel qui à partir du moment où elle a donné sa position, a été boycotté, l’émission est même retirée du replay de France tv. Une critique de la politique de l’État d’Israël, ou une position favorable aux droits des Palestiniens, est devenue un prétexte au boycott, et/ou à l’accusation d’antisémitisme.
Qui peut attribuer cette accusation ? Les responsables politiques ? Les associations de lutte contre l’antisémitisme ? Les journaux et médias ? Les chercheurs ? Les réseaux sociaux ? Les institutions judiciaires ? Ils n’ont pas le même rôle ni la même autorité, être accusé d’antisémitisme n’est pas être reconnu juridiquement comme antisémite. Une controverse politique n’est pas une qualification judiciaire. Et on peut aller plus loin, dans un État qui cherche à tout prix à diaboliser l’opposition, avec notamment les médias d’État, ou directement par le gouvernement en place, est-ce qu’une qualification judiciaire est-elle juste ? On peut se le demander surtout avec la loi Yadan qui a enflammé le débat en proposant d’élargir la définition de l’antisémitisme. Ou encore l’affaire Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur en poste qui fournit des informations confidentielles et fausses aux journalistes, tout en mettant en place un système de surveillance déstinés aux plus grands terroristes pour un tweet.
La vraie question de cet article, c’est à partir de quel moment une critique d’Israël devient-elle antisémite ? À l’inverse, à partir de quel moment l’invocation de l’antisémitisme sert-elle à disqualifier une critique politique ?
